Source : Radio-Canada

13 juin 2024

Trois ans après la fermeture de la moitié des centres de détention pour jeunes en Ontario, les prisons restantes sont surpeuplées, selon des sources de CBC News.

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En 2021, le gouvernement provincial annonçait la fermeture de 26 centres de détention (nouvelle fenêtre) pour jeunes, dont 10 dans le Nord de l’Ontario, en raison de la baisse du nombre de détenus admis.

Aujourd’hui, il reste 20 centres de détention privés, financés par la province, ainsi que 5 prisons publiques.

Le centre de détention Roy McMurtry de Brampton héberge les jeunes accusés ou reconnus coupable de crimes violents. (Photo d'archives)

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La semaine dernière, les centres de détention de Sudbury, de Simcoe et de Brampton étaient remplies à 100 %, voire plus, selon des sources de CBC News. Le 6 juin, les cinq centres publics étaient en moyenne remplies à 101 %, toujours selon les mêmes sources.

Les deux autres centres de détention, qui n’étaient pas en surcapacité pendant cette période, sont situés à Thunder Bay et à Sault-Sainte-Marie.

Ces établissements hébergent des jeunes inculpés ou incarcérés pour des crimes violents, tels que les meurtres, les vols à main armée ou les cambriolages.

La province rajoute des lits dans les centres de détention existants, sans pour autant rajouter de personnel, affirme un membre du syndicat. (Photo d'archives)

PHOTO : GRACIEUSETÉ : INFRASTRUCTURE ONTARIO

Le coprésident du comité des relations employés-employeur pour le ministère voué aux services correctionnels, Michael Fallon, affirme qu’il n’a pas vu ces chiffres aussi élevés depuis la fermeture des centres de détention en 2021, une décision qu’il estimait justifiée à l’époque.

Ils retournent en détention pour ces crimes graves, estime M. Fallon, qui est membre de la section locale 290 du Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario (SEFPO).

On a rempli tous les lits; on a même dû ajouter des lits à nos installations existantes, sans ajouter de nouvelles installations, dit-il.

Le plan de la province est d’ajouter de nouveaux lits, affirme Michael Fallon.

« Ils ont ajouté une unité aux installations existantes, mais ils ne leur ont pas accordé davantage de personnel. Ils ont ajouté 13 lits dans le centre de Simcoe, et 16 lits à celui de Brampton, mais ils n’ont pas permis l’ajout de plus de personnel. »

Le centre de jeunes Cecil Facer est un centre de détention pour jeunes dans le Nord de l'Ontario. (Photo d'archives)

PHOTO : CBC / JONATHAN MIGNEAULT

Fermeture en 2025 pour la prison de Sudbury

La province a annoncé l’année dernière son intention de fermer le Centre pour jeunes Cecil Facer à Sudbury (nouvelle fenêtre) et de le convertir en un établissement pour femmes adultes.

Les employés qui y travaillent reçoivent des offres d’emploi pour la prison pour adultes. Michael Fallon s’inquiète toutefois pour le sort des jeunes détenus, qui devront être dispersés dans un système où la surpopulation est déjà un obstacle.

Le personnel est déjà au strict minimum, au point où certaines personnes travaillent de 12 à 16 heures par jour pour répondre à la demande, précise-t-il.

Ça crée un environnement dangereux à la fois pour les jeunes et pour le personnel. Les jeunes n’ont d’autre choix que de vivre là. Ça crée beaucoup de problèmes de santé mentale et d’épuisement professionnel pour le personnel, renchérit Michael Fallon.

Les emplois dans les centres correctionnels sont considérés comme essentiels, ce qui engendre une pression pour travailler plus longtemps afin de s’assurer que quelqu’un est toujours présent pour garantir la sécurité et le bon fonctionnement de l’établissement, dit-il.

On ne peut pas simplement ouvrir les portes et les laisser sortir.

 – Une citation de Michael Fallon, coprésident du comité des relations employés-employeur pour le ministère voué aux services correctionnels du SEFPO

Dans un communiqué, le ministère des Services à l’enfance et des Services sociaux et communautaires affirme qu’il surveille l’utilisation des systèmes de garde et de détention afin de maintenir une capacité appropriée et de répondre à l’évolution des besoins au sein du système de justice pour mineurs.

Quant à la transition du centre de Sudbury, l’équipe de communication du ministère soutient simplement que les opérations courantes sont maintenues.

Cela permettra au [Ministère] de planifier soigneusement la transition des jeunes lorsque ce sera nécessaire, en plaçant l’intérêt supérieur, le bien-être et la sécurité des jeunes au centre de toutes les considérations, indique le communiqué. [Ministère] d’impliquer de manière significative les partenaires autochtones, judiciaires et communautaires pour obtenir des conseils sur la manière dont nous pouvons soutenir la transition des jeunes vers d’autres établissements lorsque cela sera nécessaire.»,»text»:»Cela permet également au[Ministère] d’impliquer de manière significative les partenaires autochtones, judiciaires et communautaires pour obtenir des conseils sur la manière dont nous pouvons soutenir la transition des jeunes vers d’autres établissements lorsque cela sera nécessaire.»}}»>Cela permet également au [Ministère] d’impliquer de manière significative les partenaires autochtones, judiciaires et communautaires pour obtenir des conseils sur la manière dont nous pouvons soutenir la transition des jeunes vers d’autres établissements lorsque cela sera nécessaire.

La porte-parole de l’opposition officielle en matière de services à l’enfance affirme que la pression sur le système sera considérablement accentuée lorsque la prison de Sudbury fermera ses portes. Monique Taylor affirme craindre pour la sécurité des jeunes détenus et du personnel qui travaille avec eux.

Quand on est en surcapacité, on met déjà trop de pression sur le système, sur cet établissement, sur ces travailleurs, ce qui met alors ces jeunes en situation précaire, ce qui n’est pas acceptable, dit-elle.

La députée de Hamilton Mountain réclame davantage d’investissements pour assurer l’avenir de ces jeunes.

Un stress pour les familles

L’avocate de la région de Windsor, Patricia Brown, dit avoir souvent constaté de ses propres yeux la surpopulation dans les centres de détention pour jeunes.

Celle qui représente beaucoup de jeunes dans le sud-ouest de la province doit souvent faire de longues heures de route. Le centre de détention pour jeunes le plus proche de Windsor se trouve à Simcoe, à plus de 270 km.

On ne peut plus simplement descendre dans la rue et rencontrer le client, ou alors ses parents ne peuvent pas aller les voir, dit-elle.

Patricia Brown représente souvent des jeunes incarcérés dans le sud-ouest de la province.

PHOTO : CBC / GARY ENNETT

Plusieurs de ses clients sont transférés de prison en prison, remarque-t-elle, ce qui nuit à leur capacité de s’habituer à chaque établissement et de construire une relation avec le personnel sur place.

Ces grandes distances peuvent aussi exacerber les problèmes auxquels font face les familles qui composent déjà avec la barrière de la langue, dit Mme Brown.

Ils ne connaissent pas le système judiciaire canadien ni le système de justice pénale. S’ils n’ont pas les moyens d’aller voir leur enfant, ça peut créer beaucoup de stress pour la famille, qui n’ont personne pour les aider à naviguer dans le système.

Les ministres doivent se pencher là-dessus, car si l’on perd ces lits et que nous sommes déjà en surpopulation, quelle est l’alternative? Les mettre avec des adultes?

 – Patricia Brown, avocate de la région de Windsor

La province doit reconsidérer la fermeture de tels centres de détention, croit-elle, en prenant en considération la santé mentale des jeunes.

Le ministère dit reconnaître l’importance pour les jeunes de maintenir un lien avec leur communauté d’origine, particulièrement en vue de leur réintégration après leur libération.

Cependant, étant donné la taille relativement petite du système carcéral pour jeunes, les détenus ne peuvent pas toujours être placés dans leur communauté d’origine, affirme le ministère par communiqué.

Les jeunes détenus peuvent maintenir ce lien avec leur famille ou leur mentor grâce à des investissements dans les capacités d’appels vidéos, conclut le ministère.

D’après les informations de Bob Becken, de CBC News