Dynamiser l’entreprenariat : un constat s’impose

La perspective de dynamiser l’état actuel de l’entreprenariat au Québec ne peut pas faire l’économie d’un élément incontournable, celui que des jeunes puissent se reconnaître les capacités entreprenariales et en valoriser leur développement. Le développement de la culture entreprenariale et la croissance du nombre d’entrepreneurs sont liés à une mobilisation locale qui doit privilégier l’appropriation de celle-ci. C’est à l’échelle locale que doivent être initiés des parcours diversifiés et pas forcément linéaires par et pour les jeunes. Ultimement, c’est l’ensemble des communautés locales qui bénéficiera d’une mobilisation autour d’un objectif partagé. Dans l’hypothèse de compétences complémentaires intégrées à une démarche de concertation entre tous les acteurs locaux, les jeunes doivent être une partie prenante et partager l’objectif commun. Or, la mobilisation des acteurs, la mise en commun de leurs compétences et leur transférabilité aux jeunes reposent sur l’engagement croisé des acteurs locaux et leurs expertises respectives. À ce chapitre, les organismes communautaires autonomes jeunesse1 agissent dans une logique d’appropriation et de concertation depuis 40 ans. Ces organismes se sont regroupés sur le plan national afin de se donner une interface efficace et efficient, le Regroupement des organismes communautaires autonomes jeunesse du Québec (ROCAJQ). Il n’en tient qu’à vous de l’utiliser.

Un préalable : le processus d’apprentissage et les parcours de vie différenciés

Lors du Congrés international francophone en entreprenariat et PME de 2006 qui s’est tenu à Fribourg en Suisse, un des thèmes fut Les compétences entreprenariales : définition et construction d’un référentiel. Un élément mis en relief fut l’affirmation de Minniti et Bygrave (2001) qui précisent que « l’entrepreneuriat est un processus d’apprentissage et qu’une théorie de l’entrepreneuriat requiert une théorie de l’apprentissage ». L’apprentissage2 n’est pas vu ici comme l’acquisition de connaissances académiques comme nous le retrouvons dans les programmes scolaires. Il s’agit d’abord des apprentissages acquis en dehors de l’école et de la famille par un processus d’essais et d’erreurs ainsi que d’accompagnement des jeunes par des adultes significatifs. Des parcours d’essais et d’erreurs à la mesure de chaque jeune tout en respectant leurs besoins, leurs différences et les réalités auxquelles ils font face. Pour le ROCAJQ et ses organismes membres, il est question de l’appropriation par les jeunes de leurs modes d’apprentissage et de la découverte de leurs capacités à travers des parcours de vie non-linéaires. Ces parcours de vie passent tout d’abord par une logique d’appropriation appliquée à plusieurs facettes de la vie en société:

√ Culture/identité
√ Citoyenneté
√ Autonomie
√ Choix des moyens
 

Par ailleurs, selon Franck Sérusclat (1999)  » les différentes pratiques tendent à se rejoindre et contribuent à l’élaboration, même dispersée, d’une pédagogie de l’autonomie et de la responsabilité qu’il faut autoriser. » Une pédagogie de l’autonomie et de la responsabilité qu’il faut autoriser. Voilà un point de vue qui rejoint les actions et le rôle des organismes communautaires autonomes jeunesse qui ne sont pas en marge des communautés locales dans lesquels ils s’inscrivent. La diversité des leurs actions en font des partenaires de premier plan pour permettre à des milliers de jeunes à travers tout le Québec de vivre des parcours diversifiés notamment celui de se reconnaître les capacités entrepreneuriales et d’en valoriser leur développement. Il n’y a pas de petit succès. Chaque fois qu’un jeunes réussi à atteindre ce qu’il voit comme une réussite, nous n’avons pas à le juger, mais à le soutenir.

Faire autrement : des réseaux élargis

Le développement de la culture entreprenariale exige de nous de faire autrement. L’existence d’un réseau de relations entre acteurs locaux peut s’avérer être une barrière ou un catalyseur. Sur la base de cette hypothèse, tous ne possèdent pas les mêmes capacités à contribuer. Ces inégalités engendrent des conséquences importantes pour la participation croisée des acteurs. Les informations et l’expertise sont, par conséquent, entachées et leur contenu souvent dépourvu d’une composante essentielle qui devrait être celle des acteurs locaux communautaires autonomes jeunesse et des jeunes. Il faut considérer que « les liaisons non-linéaires3 entre éléments d’information rendent possible l’examen d’une question selon de multiples perspectives. ». La mise en commun de l’expertise d’acteurs économiques, politiques et communautaires rend cette analyse plus complète. Toutefois, la complexification et son corollaire, l’incertitude font peur. Peut-on penser que les façons de faire actuelles pour dynamiser l’entreprenariat limitent la contribution d’acteurs du milieu communautaire et des jeunes pour assurer une zone de confort : un paradoxe si on considère que le développement de l’entreprenariat nécessite de mieux travailler en concertation et de donner leur chance aux petites sociétés innovantes4, ce que sont les organismes communautaires autonomes jeunesse au Québec.

A priori, l’histoire des organismes communautaires ne leur permet pas d’investir dans leur futur. La structure même de leur financement et de leurs relations aux acteurs étatiques crée une asymétrie structurelle. À posteriori, cette asymétrie ne favorise pas la participation croisée au développement local et par conséquent, au développement de l’entreprenariat auprès des jeunes. Dès lors, la perspective de dynamiser l’état actuel de l’entreprenariat local au Québec ne peut se réaliser pleinement. Dans ces conditions paradoxales, l’attention d’acteur public, privé et communautaire est sollicité. Une proposition comportant une part élevée de risques est lancée : l’acceptation de l’idée d’être confronté à des problèmes nouveaux, de nature et de contenu différent, de même que de reconnaître le statut formateur de la participation croisée des acteurs et la possibilité d’essais et d’erreurs. Ces changements impliquent autant une profonde transformation des mentalités et des structures qu’une aptitude humaine à valoriser et mettre en réseau des compétences nouvelles, dont celles rendues accessibles par les organismes communautaires autonomes jeunesse. Il devient clair que s’il y a un investissement relationnel entre les partenaires, les solutions à envisager relèveront d’une philosophie pratique et d’un esprit de médiation à partager plutôt que d’un cadre administratif et d’une bureaucratie lourde. À ce chapitre, les organismes communautaires ont une expertise appréciable développée au cours des 40 dernières années. Même si une bonne partie des relations efficaces est de nature informelle, il est souhaitable et profitable d’organiser une meilleure imbrication, une articulation améliorée des acteurs locaux habitués à mobiliser de façon indépendante leurs compétences. Pour mieux relever ce défi, la volonté de s’engager dans ce processus doit se manifester et être soutenu par des gestes pratiques et concrets.

Une notion à retenir : l’interface

Toutes ces avenues supposent une attitude propice à la médiation et à la valorisation des différences. Cette prédisposition n’est pas aussi fréquente que le laissent penser les nombreuses déclarations d’agir dans cette direction et ce, de la part de tous les acteurs. La tentative du ROCAJQ d’être un interface entre les organismes communautaires autonomes jeunesse, les jeunes, les acteurs locaux et provinciaux, peut s’avérer être une réponse. Dans les faits, nous en relevons rarement la pratique. Pourtant, de très nombreux ouvrages nous éclairent sur l’action communautaire autonome jeunesse comme promoteur d’une pédagogie de l’autonomie et de la responsabilité qu’il faut valoriser. Par ailleurs, le ROCAJQ est détenteur d’expériences et d’expérimentations transférables. C’est sans compter sa capacité à mettre en place des mécanismes contribuant à l’émergence de projets novateurs, de projets fédérateurs ou réducteurs des incompatibilités. Sur la base de ces observations, comment orchestrer nos actions? Comment voir la richesse du partage d’expertise pour atteindre des objectifs communs? Comment reconnaître l’expertise des organismes communautaires autonomes jeunesse comme composantes locales de premier plan? Comment utiliser le ROCAJQ comme interface et acteur du développement au Québec? Il vous appartient maintenant d’en prendre acte et d’en décider. Nous agirons en conséquence.

Éléments bibliographiques

Laviolette Éric Michaël, 2006, «Les compétences entreprenariales : définition et construction de référentiel», Congrés international francophone en entreprenariat et en PME, Fribourg, Suisse, 25, 26, 27 octobre

Bertacchini Y., «Du gisement des compétences locales & de leur transfert: quelles modalités?» , Laboratoire LePont, Université de Toulon et du Var- BP 132 – F-83957

Bertacchini Y., 1999, «Closing the gap between the proximity of the local steps and their adjacent skill: towards the knowledge of endorsement will.», International Journal of Sciences for Decision Making n°3., Marseille, C.R.R.M.

Bertacchini et al., 2000, «How to federate some local resources by developing new links ?», ISA Research Committee 23, in [http://wwwhird Triple Helix International Conference], Rio de Janeiro, Brazil, 26-29 April.

Bertacchini Y., Dou H., 2001,«The Territorial competitive intelligence: a network concept», Actes du Colloque VSST ‘2001 p 101,

Barcelone 15-19 octobre 2001.

Etchegoyen A, 1999, Les défis de l’éducation,170 pages, Questions de Société, France Loisirs.

Filbet M et Tazi, 1999, «Le système d’information en « réseau »: une approche par l’organisation et par les nouvelles technologies de l’information.», Congrès de Génie Industriel, Montréal.

Jayet H et al,1996, «Structures économiques et barrières à l’entrée», Rapport au Commissariat Général au Plan, CESURE, 128 p, Lille I, 1996.

Popper K.H., 1984, La logique de la découverte scientifique, Paris, Payot,1984.

Raison,1998, «Intelligence territoriale : Le cas du Poitou-Charentes.», NET 98 : le salon de l’Internet et de l’Intranet : Paris, 9-11 Six,1999, «L’enjeu de la médiation.», Le Monde, 24 décembre.

Sfez L.et al, 1991, «Territoire et communication.», Quaderni, n°13, Paris, CREDAP

Tetu J.F., 1995,«L’espace public et ses médiations.», Hermes, n° 17, de la page 287 à la page 298, Paris, Editions du CNRS.

Wagensberg,1999, «Complexité contre incertitude.», La Recherche, n°326 p 111.

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