Contexte historique

Les organismes communautaires (OC), tels que les OC jeunesse (OCJ), prennent racines dans la Révolution tranquille des années 60-70. L’organisation, les missions et les acteurs des OCJ se sont appuyés sur la transformation sociale d’alors pour définir les contours des changements sociaux souhaités.

Au début des années 60

Les services publics se modernisaient dans une logique d’accès universel aux services. Au Québec, on vivait une période de transition de la charité chrétienne à une approche de solidarité. Dans l’effervescence de la Révolution tranquille, ce développement c’est fait en concomitance avec le développement des réseaux communautaires. Les changements sociaux, politiques et économiques de l’époque ont incité les acteurs sociaux des OC ainsi que les instances publiques à considérer le financement des OC par les deniers publics puisque c’était la collectivité qui en bénéficiait et ancrait ainsi le concept de solidarité et de nécessité. Il était tout indiqué dans leur compréhension que l’administration publique qui était alors une toute nouvelle instance verse le financement requis à son vis-à-vis civil pour assurer l’équilibre dans la vie des communautés locales entre les milieux sociaux, institutionnels, politiques et économiques.

Dès le début des années 70

La mission des OCJ a été réalisée en l’inscrivant dans une logique d’appropriation (réf. Tableau p.2) appliquée à plusieurs facettes de la vie en société. Dans le terreau fertile des changements sociaux de cette époque dite « révolutionnaire », avec d’autres OC, les bases de l’approche globale communautaire ont été jetées. Les OCJ vont devenir partie intégrante de la vie des communautés. Un processus continu, inclusif et participatif d’auto-évaluation était lié à la contribution des OC au développement, à la transformation et à la consolidation du tissu social de ces mêmes communautés. Durant cette période, les OCJ étaient, comme bien d’autres OC, le pendant civil des institutions et des instances publiques du Québec. Par une participation citoyenne et une implication dans la vie démocratique locale, des citoyens pouvaient adresser aux OC les enjeux sociaux qu’ils jugeaient importants pour eux pour que ces derniers interagissent avec les institutions publiques pour trouver des solutions pragmatiques aux couleurs locales.

Dans les années 80

La crise économique est venue changer la donne. Les problèmes de chômage étaient criants, et les OCJ, notamment, ont soulevé les enjeux qui y étaient liés. Très vite, les institutions publiques ont répondu aux enjeux soulevés par l’employabilité et le soutien économique, alors que les ressources communautaires relancèrent l’économie sociale, avec des projets de réinsertions sociales entre autres.

L’accès aux ressources étatiques, que se soit en services ou en argent, étant tributaire des stratégies institutionnelles et de l’argent disponible, les OCJ ont compris que, comme pour le financement en santé, en éducation, pour le développement économique ou autre, le financement de OCJ par l’état était teinté par la réponse de l’État aux enjeux liés à la crise économique. Conséquemment, les fondements de l’action communautaire se sont progressivement dénaturés ainsi que l’application empirique de l’approche globale communautaire.

Sous cette pression de la primauté de l’économique sur le social, les OC issus de la Révolution tranquille ont senti le besoin de se distancer du modèle de Rothman, où on donne à l’action communautaire un rôle de planning social et de réponse à un besoin de services, comme les centres de la petite enfance (CPE) et le Réseau des carrefours jeunesse-emploi (CJE). Aussi, compte tenu des amalgames et de la confusion qu’elles génèrent, les OC ont exigé qu’il y ait une distinction entre :

  • les créations de l’État dite communautaire et visant la réduction des dépenses publiques;
  • les fondations publiques et privées, notamment la Fondation Chagnon;
  • l’action charitable et caritative comme le Club des petits déjeuners; et
  • l’action communautaire fondée sur la solidarité.

En 2001

La création de la politique d’Action communautaire autonome vient répondre à ce besoin des OC qui seront désormais nommés sous l’appellation OCA, le A étant mis pour autonome.

Depuis quelques années, les OCAJ constatent qu’ils sont utilisés comme des outils de gestion sociale. Malheureusement, ce faisant, nous privons la société québécoise d’un espace où peuvent s’élaborer des solutions de rechange par la participation citoyenne au développement des communautés locales. Les interactions soutenues et la participation active de tous les acteurs, notamment des personnes qui passent à travers les mailles du tissu social, sont essentielles à la viabilité sociale, culturelle, économique et politique. C’est vrai qu’il n’est pas toujours facile pour les acteurs qui fonctionnent dans un cadre normatif d’agir avec des organismes et des personnes qui s’insèrent mal dans des normes et des processus conçus par les acteurs décisionnels. C’est peut-être ce qui explique que les OCAJ sont encore si mal considérés, et que certains en parlent comme d’un virus nécessaire.

En résumé

L’administration publique gère par objectifs en utilisant une approche populationnelle basée sur des lois, des politiques, des normes, des règlements, et sa culture organisationnelle s’appuie sur la segmentation, la fragmentation et la concurrence pour le financement dans une logique de services. En contrepartie, les OCJ (devenus OCAJ) pour accroître l’accessibilité universelle appliquent une approche globale empirique visant à réaliser des projets inclusifs et participatifs en continu qui requièrent un financement sans égard aux problématiques. Ces projets se construisent autour de la concertation avec le milieu et de multiples partenaires locaux afin de trouver des solutions novatrices, cohérentes et qui tiennent compte des besoins, des priorités, des perspectives et des contraintes déterminées par les personnes concernées. L’implication directe de ces personnes dans les organismes leur permet ainsi de participer au développement de leur communauté et d’améliorer la place qui leur est réservée pour exercer leur citoyenneté.